le retour des doutes et de la pression pour Rennes et Habib Beye avant le déplacement à Lensnomadictrails
Avec deux défaites de suite en Ligue 1 et une piteuse élimination en Coupe de France à Marseille sans donner l’impression de combattre, le Stade Rennais nage à nouveau en eaux troubles. Quatre mois après la crise du mois d’octobre qui avait failli être fatale à Habib Beye, le club breton et son entraineur doivent réagir et vite. Avec Lens au programme samedi puis la réception du PSG la semaine prochaine, ce sera compliqué.
Pour la deuxième fois de la saison, le Stade Rennais est-il en train de piquer sa crise? Les signaux renvoyés depuis plusieurs matchs ne sont pas bons. Sur les trois derniers, les Bretons ont enchaîné trois défaites, encaissé neuf buts et n’en ont marqué aucun. Le coup d’arrêt est brutal après leur dynamique de succès (sept victoires et un nul en neuf matchs depuis novembre). Il fallait sans doute bien que le rythme ralentisse mais plus que les résultats stricts, ce sont les prestations qui interrogent entre leur domination stérile et stéréotypée face à Lorient (défaite 0-2), le naufrage collectif à Monaco (défaite 4-0) et le manque de combat de mardi à Marseille en Coupe de France (défaite 3-0).
Signe que la crise couve, Loïc Désiré s’est arrêté devant les médias au Vélodrome. Il ne le fait jamais. Le directeur sportif a plutôt chargé les joueurs. “On est sur une période difficile. Il y a trop d’erreurs individuelles pour espérer quoi que ce soit sur les matchs qu’on joue actuellement. Il faut une remise en question rapide de beaucoup de joueurs” a t-il lancé appelant chacun “à montrer beaucoup plus de caractère”. Sa réaction d’après-match était à contre-courant de celle de son coach Habib Beye, “fier de ce que ses joueurs ont produit dans le jeu” et jugeant le “score sévère”. Ce manque de lucidité inhabituel chez Beye a étonné dans le club. L’entraîneur rennais avait pourtant la même analyse ce vendredi en conférence de presse avant le déplacement à Lens ajoutant que “Loïc est dans son rôle quand il parle à la fin du match. Il a raison de le faire. Après, nous on sera toujours dans la protection. On est capable de dire à des joueurs s’ils sont moins bien mais on ne stigmatise personne. Notre objectif, c’est que les joueurs soient dans les meilleures conditions possibles pour le match de demain (samedi)”.
Le manque d’adaptation de Beye au scénario des matchs pose question
Les joueurs comment vont-ils ? L’élimination piteuse à Marseille a amené des tensions notamment entre Beye, Brice Samba et Mousa Tamari. Comme souvent, l’interprétation faite est un peu fantasmée. De tels pics de chaud sont assez commun et logiques quand les résultats difficiles s’enchainent. Pour autant, elles témoignent d’une frustration qu’il vaut mieux vite enrayer. “Moi dans ma tête, ça va très bien” assure Beye qui regrette que “dans le vestiaire, beaucoup de choses ont été rapportées. Je suis surpris par le côté inexact de tout ce qui est rapporté dans les médias. Tout ce qui a été relaté est tout à fait inexact” dément-il parlant “non pas d’accrochages mais de simples consignes de coach à joueur”.
Il faut dire que les relations de Beye avec certains de ses joueurs avaient déjà été au coeur des débats au mois d’octobre lors de la première crise rennaise de la saison. Au pied du mur et proche de la sortie, le coach avait redressé la barre en faisant des choix forts dans sa composition d’équipe et en éclaircissant son discours sur ses consignes de jeu. Avec un succès réel qui n’a pas fait de Rennes une équipe spectaculaire à regarder mais l’a rendu terriblement efficace. Sauf que depuis quatre matchs, le Stade Rennais n’a plus cette efficacité, est devenu offensivement prévisible et semble avoir perdu de son intensité et de sa cohérence.
Le manque d’adaptation de Beye au scénario des derniers matchs pose également question, notamment à Marseille dans un match à élimination directe. Un entraîneur attaché au contrôle et à l’équilibre, avant tout au détriment du jeu, est un reproche qu’on entend souvent autour du club le concernant. Une certaine frilosité offensive frustrante qui quand les résultats suivent est oublié bien vite mais à l’inverse revient comme un boomerang dans le cas contraire. Habib Beye doit trouver des solutions. “Avoir un groupe irrégulier jusqu’à la fin de saison, c’est peut-être ce qui nous caractérise cette saison. Pour autant, on a toujours été capable d’avoir ce rebond-là” juge-t-il, tenant à remettre les choses dans leur contexte. “On peut toujours analyser le contenu de façon négative, mais aujourd’hui le Stade Rennais reste 6e de Ligue 1 à un point de Lille. Oui ça se rapproche, oui c’est serré, mais on le savait. Et pour autant, on a l’impression qu’on repart dans une crise incroyable. Donc moi, je suis là pour amener du calme, de la stabilité, de l’énergie à mon groupe pour qu’aujourd’hui, ils se sentent protégés par rapport à toute cette excitation à l’extérieur”.
Un nouveau non-match comme Monaco et Marseille serait un mauvais signal
Le classement de Rennes en championnat incite en effet à la mesure à la tête du club. Officiellement, “il n’y a pas de débat” sur Beye. “Le staff garde notre confiance. On a déjà connu cette situation” rappelle Désiré. “On va tous faire corps au club. Il faut que tout le monde se fasse violence”. A Rennes, les luttes d’influence ressortent dès que les résultats ne sont plus là. C’est de toute façon les propriétaires, la famille Pinault, qui a le dernier mot et c’est un fait, Rennes reste placé pour le moment dans le wagon européen qui est l’objectif du club. Pour autant, la réaction de l’équipe dès demain à Lens sera scruté. Un nouveau non-match comme à Monaco ou Marseille serait très mal vécu et un mauvais signal pour Beye qui aurait du mal à passer. Au vu du gabarit des adversaires à venir, plus qu’un résultat, c’est la capacité de réaction des joueurs et de leur coach dans sa gestion du match qui devra être visible. Le Stade Rennais manque de toute façon de joueurs techniques et déstabilisateurs offensivement. On le sait. Grâce au mercato d’hiver qui vient de s’achever, Habib Beye a ouvert la voie à des évolutions. La recrue polonaise Sebastian Szymanski, titulaire pour la première fois à Marseille, a été la seule satisfaction. Une autre recrue du mercato, Arnaud Nordin, pourrait faire ses débuts et amené enfin un peu de vitesse, de profondeur et de déséquilibre.
Ce sera chaud quoiqu’il arrive au stade Bollaert face à des Lensois dirigés de main de maître par Pierre Sage, grand ami de Beye et son ancien adjoint au Red Star. L’entraineur lensois au soutien: “Je crois que Rennes est retombé dans les mêmes discussions, les mêmes soucis d’ordre politique qu’après notre match aller (28 septembre 1-1). Quand on est entraineur au milieu de tout çà, c’est difficile de gérer l’ensemble des vents car il y en a qui sont contraires et d’autres qui nous poussent. Habib, je sais qu’il est très intelligent et qu’il va être encore une fois capable de se sortir. J’ai confiance en lui. Il est bien ancré au sol”.



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